
Pendant dix ans, j'ai fabriqué et réglé des cornemuses. Un sac d'air qui ne rêve que de vous trahir : la pression bouge, l'anche chante faux au premier courant d'air. Une seule méthode tient : l'oreille collée au bois, la main patiente. En 2020, j'ai posé les gouges pour le clavier. Et j'ai retrouvé la même bête, sous un autre nom.
Les agents d'intelligence artificielle changent de visage tous les mois. La vitrine, je la laisse aux badauds : je lis les publications à la source. Chaque idée entre au carnet avec son origine et le jour où je l'ai lue. La mode passe, le carnet reste.
Une idée lue n'est qu'une promesse. Alors je la monte sur le banc : je mesure, je casse, je recommence. Plus d'une fois, un simple script a battu l'agent que tout le monde s'arrache. Je l'ai mesuré, et j'ai gardé le script. Chaque raté devient une règle écrite. Les questions qui résistent, je les creuse jusqu'à en faire des sujets de recherche.
Un moteur qu'on ne peut pas ouvrir ne vous appartient pas. Le mien tourne sur mes machines. Je choisis quel modèle travaille sur quoi, et quand c'est sensible, le travail ne quitte pas la maison. Chaque décision est écrite : qui l'a prise, pourquoi, et ce qui fait foi. On sait toujours qui tient le volant.
De tout ça est sorti Tuatha. Trois vieux dieux irlandais à l'établi : Lug orchestre, Ogma se souvient, le Dagda fournit les outils. À côté d'eux, un registre garde ce qui fait foi. Silène, le vieux maître de Dionysos, passait pour un ivrogne et en savait plus que tout l'Olympe. Mon garage lui ressemble : de loin, un joyeux bazar ; de près, un moteur qui tourne rond.
[Voir Tuatha](https://tuathaai.com/fr/ecosysteme)